Un passage de la durabilité au développement souhaitable
Le prévisionniste de tendances Vincent Grégoire explique pourquoi le désir et les sens seront au cœur de la consommation de demain
Après les événements en personne ont été annulés lors de ses dernières éditions en raison de la pandémie, Maison & Objet fait son grand retour à Paris scène en septembre. Le thème central de la décoration, le design et lifestyle fair était une idée inspirante : " Souhaitable Développement ", soulignant l'intérêt des consommateurs pour les produits éthiques et solutions. Vincent Grégoire, directeur de la prospective chez agence de tendances internationale Nelly Rodi, nous parle de la clé caractéristiques de cette tendance fondamentale. Photo par Govin Sorel Pourquoi le thème "Développement souhaitable" a-t-il été choisi pour illustrer cette nouvelle édition de Maison & Objet ? Ce nouveau thème reflète une prémisse de base : les consommateurs veulent des solutions simples, positives, fluides et surtout, leur font du bien. Jusqu'à présent, le développement durable était souvent un argument moralisateur injonction. Un aménagement souhaitable fait la part belle au plaisir, tout en respectant la nature dans une démarche bénéfique. C'est une idée qui est à la fois positif et créatif. Aujourd'hui, les consommateurs sont conscients du réchauffement climatique, de la nécessité de limiter leur consommation et ses déchets et son empreinte carbone…. Depuis désormais, il s'agit de replacer le désir au cœur de ces enjeux environnementaux, en évitant les discours catastrophistes ou attribuer un blâme. Le développement souhaitable répond à un équilibre subtil qui se traduit par un mode de vie en harmonie avec la nature, en s'appuyant sur technologies tout en préservant les savoir-faire traditionnels. Désormais on parlera de consommation alternative plutôt que déconsommation.
Photo de Libeco Accueil Comment expliquez-vous la transition "durable" vers "souhaitable" ?
Le besoin de désirabilité et cette quête de sens étaient déjà partie du zeitgeist.La pandémie a renversé ce qui était fondamental pour nous et a remis en question bon nombre de nos modèles, accélérant le besoin d'humanité, de simplicité et solidarité. 2021 est marquée par la résilience, tout comme 2022 sera synonyme avec une renaissance, une recréation et une réinvention marquées par des l'énergie — redéfinissant notre manière de vivre, de consommer et habiter. L'heure est à l'optimisme !
Photo d'Anouck Barcat Paysagiste Quelles sont les principales pistes qui émergent autour de souhaitable développement ?
Redéfinir la géographie.Nous remarquons un besoin de proximité, le nouveau développement des liaisons sur des distances plus courtes, en réaction à la mondialisation et à l'internationalisation. Cela implique un nouveau rapport à l'espace, une relocalisation, une redéfinition de géographie et une nouvelle proximité. Photo de Eat Your Greens, de Gestalten Alors que de plus en plus de citadins quittent les grands centres urbains domaines, nous constatons en même temps qu'il est urgent de réapprivoiser la ville, pour s'approprier l'urbain, en valorisant la proximité et redonner vie au quartier. Fabrication locale, livraisons en tricycle, fermes urbaines ou terrasses avec comestibles les plantes illustrent cette tendance. Photo par Jours et Nuits Rééduquer les sens.Les sens, la sensation et la sensibilité sont au cœur du désirable. La pandémie a fait nous perdons nos repères et restreignons nos sens : notre rapport au goût, à l'odorat mais aussi à la vue et au toucher. Pendant le confinement, nous avons été privés des personnes proches de nous, de tout ce qui nous entoure. L'idée qui en ressort la crise, c'est la sensibilité, voire l'hypersensibilité. Nous devons aussi rééduquer ces sens, minés par la l'omniprésence du numérique, en replaçant l'humain au le cœur de nos vies.
Pack plat de salon souple. Photo de Takt Valoriser l'apprentissage.Dans le même temps, nous notons la nécessité de placer l'apprentissage et la connaissance au cœur de la production et processus de manufacture. Désormais, les consommateurs s'informent sur les matériaux utilisés et leur provenance, les différentes étapes de la production, le conditionnement ou la transformation d'un produit. Photo de Takt Les marques et les fabricants, quant à eux, délivrent des contenus pédagogiques et expériences ludiques, apprenant ainsi eux-mêmes. Ce pas vers le transfert de connaissances est fondamental pour une tendance à consommation intelligente. La marque danoise Takt, par exemple, qui propose des produits nécessitant un emballage minimal, s'engage à compléter transparence, des étapes de production aux prix.
Vase Les Inséparables. Photo deAudrey Jezic Céramiques Réinventer l'artisanat.Lever les inhibitions autour consommation et injecter de la fantaisie, de l'audace et de l'amusement dans artisanal, le recyclage et l'upcycling font partie de la centrale tendances de développement souhaitables. Le résultat : des pièces qui sont unique, spontanée et créative de nouvelles façons, engagée et sensoriellement riche. Le succès des ateliers de recyclage, ateliers créatifs, travaux d'aiguille comme le crochet ou le macramé, ainsi que des objets à caractère pictural dimensions et meubles totémiques, démontrent la résurgence de repères artistiques dans le monde de décoration, [par exemple] sous forme de pièces sculpturales grès chamotte aux couleurs vives imaginé par le céramiste Audrey Jezic.